Un raid pyrénéen : Hendaye - Cerbère

Prologue

Tout cyclo a un rêve, un "truc" qu'il voudrait bien réaliser. Un jour ou l'autre, les circonstances sont favorables à la réalisation, alors il faut foncer.

Pour moi, le "truc", c'était Hendaye-Cerbère. Pourquoi ? Je suis à moitié Béarnais, j'aime donc "mes montagnes", et, comme beaucoup, après un Bayonne-Luchon, j'ai rêvé de poursuivre jusqu'à la mer. Je conserve depuis des années dans un classeur les articles de Cyclotourisme consacrés à ce raid, et chaque hiver j'en étudie le parcours, faisant et refaisant le découpage, calculant et recalculant les temps de route...

Cet hiver, au cours d'une de nos sorties dominicales, j'en parle aux copains. Joël n'hésite pas : "Pas de problème" dit-il, "je viens avec toi !". Il a 38 ans, des capacités physiques supérieures à la moyenne, un gabarit de grimpeur, et toujours le mot pour rire. Son expérience de la montagne se limite à une Randonnée des Volcans 1992, mais ce n'est pas pour le décourager. Si Joël est partant, Paul viendra aussi : 36 ans, peut-être un peu "enveloppé", mais c'est un faux gros et lui aussi est bon grimpeur, comme la plupart des Limousins. J'oubliais : c'est toujours lui qui choisit les vins au restaurant, et il se trompe rarement. De plus, ses connaissances en géologie - il est aussi bardé de diplômes - nous permettront de choisir la ligne de moins forte pente, et de profiter au maximum des failles du relief.

Nous aimerions bien que Werner vienne avec nous, mais il est pour le moins réticent. Il doute de ses possibilités (il est bien le seul !). Alors, nous sortons le grand jeu : chaque dimanche, nous revenons à la charge, et il commence à faiblir. Au printemps, il effectue avec Joël et moi la randonnée permanente "Au fil de la Charente" en deux jours, soit environ 175 km par jour, et termine frais comme un gardon du lac (Werner est d'origine suisse). Enfin, grâce à la complicité de Danielle sa femme, il se décide enfin, courant juin, deux jours avant que je n'envoie les engagements. L'équipe est au complet.

Nous partirons d'Hendaye le lundi 2 août à 20h ; le délai étant de 100 heures, il faudra donc arriver à Cerbère vendredi 6 avant minuit. Notre tableau de marche prévoit que nous y serons vers 18h30.

Bien que la mode soit plutôt aux voitures suiveuses, nous avons décidé d'effectuer le raid "en autonomie" : il nous semble que c'est une des composantes du cyclotourisme. C'est aussi ce qui donne au raid sa vraie dimension. Nous serons donc chargés.

D'autre part, nous ne sommes guère spartiates, nous déjeunerons donc au restaurant et coucherons à l'hôtel : la composante tourisme n'est pas à négliger et la bonne chère en fait partie.

Les vélos sont tous les quatre des randonneuses de bonne qualité : ni des vélos "de supermarché", ni de ces superbes machines sur mesure dont rêve tout cyclo. Deux sont montées en Shimano, et deux  en Sachs - Huret. Seul, Werner a opté pour une paire de sacoches arrières ; les autres ont monté des surbaissées avant. Je suis le seul à disposer du double éclairage dynamo-torches.

Nous n'aurons pas de problème matériel grave, mais le matériel japonais a fait preuve de sa supériorité : les indexations "françaises" donneront le dernier jour des signes de faiblesse, et je finirai avec seulement trois pignons parfaitement "alignés".

Les sacoches sont trop pleines comme toujours ; j'ose à peine calculer le poids approximatif de mon équipage : 14 kg pour le vélo avec tous ses accessoires, environ 15 kg pour les trois sacoches, et 92 kg pour le pilote, ça nous amène à plus de 120 kg

Pour Paul et Joël, les "jeunes", 52/42/32 à l'avant et de 13 à 26 à l'arrière. Pour Werner, 50/40/30 à l'avant et de 14 à 26 à l'arrière ; pour moi, 50/42/32 à l'avant et de 15 à 28 à l'arrière. Werner et moi aurions parfois (dans le Portet d'Aspet par exemple) bien aimé pouvoir mettre plus petit. C'est donc décidé : je monte un 30 à l'avant pour l'an prochain.

Ayant déjà fait jadis une RCP et deux Bayonne-Luchon, je connaissais déjà assez bien la première partie du parcours. Mais j'avais sous-estimé le facteur poids : les sacoches usent le cyclo, l'obligent à mettre plus petit.

Conscient de mes capacités (ceux qui me connaissent savent que je monte à peu près aussi vite et aussi élégamment qu'un fer à repasser à vapeur), j'avais vite compris qu'il me serait impossible d'enchaîner quatre journées de 180 km dans la montagne. J'ai donc décidé de partir le lundi soir, pour traverser - tranquillement - le Pays Basque dans la nuit. Il nous resterait la journée du mardi pour passer Aubisque, Soulor et Tourmalet et nous coucherions à Ste-Marie de Campan. Le mercredi, nous irions jusqu'à St-Girons, et le jeudi jusqu'à Enveigt. Il nous resterait le vendredi pour gagner Cerbère. Normalement, "ça devrait passer" - normalement !

 

 

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