Un raid pyrénéen : Hendaye - Cerbère
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Départ et première nuit ; Pays basque
Le dimanche, Paul, Joël et moi descendons avec nos familles chez ma mère à Oloron Ste-Marie. Werner doit nous rejoindre lundi en début d'après-midi, et nous irons ensemble jusqu'à Hendaye. La journée de lundi se passe dans une atmosphère de fausse décontraction : on voit bien que chacun se demande comment il va se comporter. Vers 15h, Werner arrive avec Danielle et Bernard, son beau-frère. C'est quelqu'un, Bernard ! En 1991, il a fait en tout et pour tout trois sorties en vélo : un brevet de 100 km, un brevet de 200 km, et un brevet de 300 km ! Il veut nous accompagner au départ "pour nous voir une dernière fois".
Passons sur les embouteillages entre Bayonne et
Hendaye ("J'avais bien dit qu'on aurait dû prendre
l'autoroute!")....
A 19h45, nous sommes à pied d'œuvre, à la sortie d'Hendaye et au pied d'une grande côte. Nous avons pointé nos cartes de route au snack qui est en face ; il a fallu expliquer pourquoi nous voulons un tampon, et accessoirement où se trouve Cerbère ... On prend alors conscience, si ce n'est déjà fait, de la distance qui sépare l'Atlantique de la Méditerranée.
Nous n'avons pas eu le temps de manger, et Paul a
faim ! Rien à faire, l'heure c'est l'heure et à 20h précises nous nous élançons
- prudemment - sur un braquet raisonnable, au milieu des voitures, en
direction de St Jean de Luz. Le coucher de soleil sur l'Atlantique est
superbe, mais le spectacle est un peu gâché par la circulation. C'est le
Pays Basque de carte postale, avec ses villas "Art Déco" en bord de
mer, ses 4x4 et ses golfs.
A Saint-Jean de Luz, l'itinéraire quitte le bord de mer (nous commencions pourtant à nous habituer !) et pique vers l'Est : c'est le début de l'aventure.
Mais auparavant, il faut faire pointer les cartes. Où ? Je ne me suis pas arrêté au bureau de tabac encore ouvert (il est près de 21 heures), et maintenant j'entends des grognements ; de plus, Paul a de plus en plus faim, et le fait savoir. Dans le centre-ville, nous trouvons un commerce ouvert, ce qui n'est guère étonnant en plein mois d'août dans une station balnéaire...
Après avoir longé le golf de Chantaco, nous décidons de faire une halte à l'entrée d'Ascain, où une aire de repos "interdite aux caravanes, aux camping cars, aux nomades, etc. " nous tend les bras. C'est le moment de déguster les sandwichs que nos petites femmes - avez-vous remarqué que dans ce cas-là elles sont toujours "petites" - nous ont préparé avec amour. Je ne dévore qu'un de mes deux sandwiches : la nuit sera longue, et les barres de céréales et autres pâtes de fruit améliorées ne m'inspirent guère. Werner commence sa cure de barres vitaminées...
Dès la sortie d'Ascain commence la montée du col de St-Ignace, que nous négocions prudemment, car nous savons que d'autres cols sont inscrits au programme. Il fait frais, le silence de la nuit commence à nous envelopper, la conversation tombe peu à peu, chacun se plonge dans ses pensées. C'est le vrai départ.
Nous cheminons donc à travers le Pays Basque, nous efforçant de rester "en dedans". La nuit et tombée et à chaque carrefour nous avons la hantise de l'erreur de parcours fatale, et ce d'autant plus que certains "patriotes" basques ont jugé bon de badigeonner copieusement les panneaux indicateurs, afin de mieux égarer les "touristes" détestés ! Alors que la région vit essentiellement de l'argent apporté par les non-basques, qu'ils soient résidents ou de passage !...
Curieuse impression en remontant sur Dancharia que ce caravaning sauvage de commerçants ambulants espagnols, en pleine forêt : des centaines de caravanes, des cris, de grands feux, la sensation irraisonnée de passer près d'un repaire de brigands semblable à ceux qui peuplaient nos lectures d'adolescents. C'est un spectacle irréel, un autre monde.
Après Ainhoa (très joli village aux maisons restaurées, aux allures de décor de film), la route remonte jusqu'au col de Pinodieta, qui ne semble pas présenter de difficulté, du moins à l'allure modérée que nous affectons. Il faut nous arrêter à Espelette pour faire pointer nos cartes.